JO 1972 : Une finale controversée et historique

C’est lors de ces JO marqués d’évènements historiques que l’affrontement entre les deux puissances qui dominent alors le monde aura lieu. En effet, alors que la Guerre Froide immobilise les nations, les États-Unis et l’URSS veulent prouver leur supériorité dans cette finale de basketball qui restera gravée dans l’histoire. Un match si bien résumé par le titre du podcast de Radio France : guerre froide sur parquet.

Mais d’abord, remettons un peu de contexte… Nous sommes en RFA (République fédérale d’Allemagne) pour célébrer les 20ème Jeux Olympiques d’été alors que le monde va mal. Entre Guerre Froide, décolonisation, Allemagne séparée en deux et guerre du Viêtnam, la population espère trouver du réconfort dans ces JO. Malheureusement, ils seront aussi synonymes d’horreur et de controverse. Le 5 septembre, un groupe de terroristes armés attaquent la sélection israélienne. C’est la première fois qu’un acte terroriste est retransmis en direct et les images sont choquantes.

Durant cet assaut, 11 sportifs israéliens et 1 policier meurent par balles. Les Jeux Olympiques sont stoppés et beaucoup demandent leur arrêt définitif. Mais cela ne sera pas le cas. 34 heures plus tard, les JO reprennent normalement. Cette décision sera très controversée.

Maintenant revenons sur cette finale mythique… Nous sommes le 9 septembre 1972, 23h45 à Munich (les États-unis ayant payé pour que le match passe à une heure de grande écoute) pour une finale symbolique : USA-URSS. D’un côté les États-Unis porté par Doug Collins. Leur équipe est très jeune (20 ans d’âge moyen) car à l’époque, ils n’étaient pas autorisés à faire jouer leurs joueurs professionnels. Malgré une équipe constituée de joueurs amateurs, cette composition va réussir à gagner tous les matchs jusqu’à la finale. À ce moment là les États-Unis sont invaincus aux JO depuis 36 ans (oui oui, 36 ans sans perdre un match). Leur point fort est sans doute le physique et les talents individuels : défense agressive, contre attaque rapide, endurance, dunk… Avec l’enjeu de ces JO, l’entraineur américain sera sans pitié lors des entrainements. En effet, de nombreux joueurs témoignent qu’ils ont subi des insultes, des violences et des entrainements interminables. Deux joueurs ont même abandonné l’équipe parlant « d’esclavagisme ».

De l’autre coté, l’URSS portée par Sergei Belov. Ici, une équipe totalement différente avec des joueurs plus âgés et expérimentés. Ils se connaissent depuis un moment et privilégient le collectif et les tactiques. L’entraineur a même envoyé des espions pour analyser le style de jeu des stars américaines. Ce match oppose donc deux équipes différentes tactiquement et qui représentent deux visions politiques contraires.

Équipe des USA pour les JO 1972
Équipe de l’URSS pour les JO 1972

Le match est fermé et intense. En effet le score est bas et serré malgré quelques dominations de l’URSS. Puis arrive la toute dernière minute. La tension se ressent dans le stade. L’URSS obtient deux lancers francs alors qu’il reste 55 secondes et que le score est de 48-46. Sergei Belov manque le premier mais réussi le second. 49-46. Les États-Unis partent à l’attaque et après quelques passes, une position de shoot est trouvée par un américain. Il s’empresse de shooter. Le panier rentre. 49-48. On peut apercevoir des supporters américains qui croient encore une victoire possible malgré les 40 secondes restantes. Comme n’importe équipe l’aurait fait, l’URSS temporise en enchaînant les passes. Les américains pressent en espérant avoir une dernière attaque. Le temps s’écoule, les passes se multiplient et l’URSS tente un shoot pour creuser l’écart. Mais les deux défenseurs qui oppressaient le shooteur réussissent à contrer la tentative. Il arrive tout de même à prendre le rebond ce qui aurait pu relancer une session de passes. Mais, miracle pour les américains, cette passe est interceptée par Doug Collins qui s’empresse de partir en contre attaque. Il saute pour aller au double-pas et est violemment percuté dans son envol (aujourd’hui cette faute aurait été plus lourdement pénalisée : exclusion selon moi). Il hérite donc de deux lancers-francs lorsqu’il reste 3 secondes. Le premier est réussi. 49-49. Je n’imagine pas la pression que Doug Collins doit avoir… un lancer-franc pour donner la médaille d’or… Alors il s’élance… La balle quitte ses doigts… S’approche de l’arceau… et le panier rentre ! 49-50 en faveur des américains. Le match semble terminé mais il reste 3 secondes :

« les trois secondes les plus longues de l’histoire du basket »

Le Journal L’Équipe

Après ce lancer franc réussi, l’URSS joue vite. Une passe, quelques dribbles et un shoot désespéré du milieu du terrain. Mais pendant l’action, le banc de l’URSS s’est plaint d’une erreur arbitrale. Ils avaient demandé un temps mort, ce qui n’a pas été compris par les arbitres. Ils demandent donc à rejouer l’action. Cette proposition est validée par le comité arbitral mais évidemment contestée par les américains. L’action se rejoue donc avec 3 secondes au chronomètre. La remise en jeu se fait et le joueur qui la réceptionne la jette immédiatement en direction du panier. Cela ne passe pas loin mais c’est manqué… le banc américain explose, ils gagnent la médaille d’or ! Enfin c’est ce qu’ils croient… Car, alors que le parquet est envahi, le secrétaire général de la FIBA, Renato William Jones, rentre sur le terrain (alors qu’il n’a pas le droit) pour renvoyer tout le monde à sa place. Selon lui, il y a un problème de chronomètre il pense que l’action doit se rejouer. La situation est très confuse. Du fait de son statut, de son autorité et du chaos que gèrent les arbitres, la décision est acceptée et l’action va se rejouer.

C’est donc pour la troisième fois que Ivan Edechko se dirige vers la ligne de fond pour exécuter la remise en jeu. Cette fois-ci, pas de petite passe, une passe baseball (passe à une main très puissante) qui traverse tout le terrain. La balle est en l’air et le stade est figé. Aleksandr Belov la récupère en dessous du panier. Mais il est défendu par Kevin Joyce et Jim Forbes. En retombant sur ses appuis, Aleksandr Belov fait tomber Kevin Joyce et repousse Jim Forbes. Il se retrouve donc seul face au panier pour un shoot immanquable. Le buzzer sonne lorsque le ballon arrive au niveau de la planche. Le ballon traverse le filet. C’est marqué. 51-50. L’URSS remporte la médaille d’or et met fin à 13 150 jours d’invincibilité américaine.

Évidemment, les Américains crient au scandale pensant qu’ils devaient être vainqueurs. Mais le match est enfin réellement fini. Sous tension, les arbitres quittent rapidement le terrain sans signer la feuille de match. Le lendemain, le États-Unis posent une réclamation officielle devant le comité olympique. Cette demande est analysée par 5 juges. Le contexte politique de la Guerre Froide va probablement avoir un impact sur la suite de cet évènement. Parmi ces 5 juges, 2 viennent de pays occidentaux et soutiennent les États-Unis. Les trois autres (dont un certain Renato William Jones) viennent du bloc EST et soutiennent donc l’URSS. L’opposition des deux blocs politiques impacte sûrement la décision qui confirmera la victoire de l’URSS. Avec 3 votes contre 2, l’URSS est bien championne olympique.

En signe de protestation, les Américains ne seront pas présents à la cérémonie des récompenses. Ils ne récupéreront donc pas leur médaille d’argent. Petit fun fact : les médailles sont aujourd’hui en Suisse à Lausanne mais les Américains ne veulent pas aller les prendre. Certains joueurs ont même écrit pour leur famille dans leur testament de ne surtout jamais aller les prendre.

Deux jours plus tard, les JO sont clôturés et les compteurs de médailles sont figés. Pour l’URSS et les États-Unis, ces JO étaient un moyen de prouver leur supériorité. Ils se faisaient la guerre dans toutes les disciplines mais au final, c’est un seul pays qui remportera la bataille des médailles : l’URSS. Avec 95 médailles contre 94 pour les États-Unis.

Grâce à cette finale, les règles du basketball vont être clarifiées, le chronomètre va être plus précis et la table de marque aura plus de responsabilités. Ces JO et cette finale vont aussi inspirer des films, des documentaires, des podcasts ou encore des livres.

Affiche du film russe « 3 secondes »

Vous pouvez voir ici : la dernière minute de cette finale folle ou écouter le podcast : guerre froide sur parquet fait par Fabrice Drouelle et Arnaud Lecomte.

Voilà, c’est la fin de cet article, merci de l’avoir lu ! N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaire, et dites-moi quel sujet vous voudriez pour le prochain article ! Et puis à la semaine prochaine pour vous plonger Inside the Move !

Sources : Comité international olympique, FIBA, L’Équipe, Olympedia (base de données olympique), ESPN, Olympic Channel, Olympic museum et autres sites moins connus.

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